Venise sous la pluie
S´il pleut à Venise il n´y a peut être rien de mieux à faire que de la regarder tomber de l´autre côté des fenêtres qui donnent à la Place de San Marcos à l´intérieur du mythique Café Florián (http://www.caffeflorian.com/), où en une occasion l´écrivain Samoa Albert Hanover, en regardant depuis sa table de marbre avec un verre d´eau (a-t-il eu une brève pensée pour Magritte dans ces moments?) la façade de rêvé du Palacio del Dogo, a eu la puissante sensation d´être en train de prendre pour un prix équivalent à 10 euros actuels, dans ce café fondé en 1720 que Casanova a du fréquenter souvent et dont les serveurs lui rappelaient le personnage que Marcelo Mastroianni a interprété dans Yeux Noirs, le capuccino le moins cher de votre vie.

Un Café particulièrement approprié pour la lecture de Proust, ou de Ruskin, ou peut être même de la traduction que Proust a fait de Ruskin aidé par sa mère, où tôt ou tard on briserait le sortilège, on vaincrait l´effet ange exterminateur du Florian et abandonnerait le Café, en pensant de même qu´en ce qui concerne toute la ville, si notre séjour n´a pas été un rêve, pour traverser sous la pluie la place et entrer dans l´ahurissante promesse d´Orient que les lions dorés de la prodigieuse Basilique de San Marcos annoncent, enivrés par les vents byzantins qui nous tirent vers le dedans, où ils nous réclament fatalement, pour nous vêtir de vertige, ses troublants et inoubliables couleurs, marbres et mosaïques.
Nous pourrions difficilement nous effrayer de cette guise, pendant que dehors la pluie continue de tomber persistante et minutieuse et que nous pensons peut être sous une lumière nouvelle au sonnet de Borges, (…Cae o cayó. La lluvia es una cosa/que sin duda sucede en el pasado…) la visite à l´élégant gothique flamboyant de l´intérieur du Palacio del Dogo, où se cachaient les Prisons du Plomo immortalisées par la fugue de Casanova.
Impossible de penser à quelque chose de plus opposé à ces truculentes prisons que le Museo Fortuny, situé dans le captivant palais gothique qui a été à la fois la maison et l´atelier de l´exquis peintre, photographe, designer, metteur en scène et entrepreneur Mariano Fortuny y Madrazo, un des plus grands représentants du monde esthétique de la Belle Époque, où ce n´est pas difficile d´être persuadé pendant que dehors il continue à pleuvoir, comme pour donner encore plus d´enchantement à un intérieur tellement fabuleux, que d´une certaine manière l´Orient commence à Venise, ville qui contient une sorte de luxueux et désiré trésor secret dans toutes les clés et arômes de son imaginaire.
Et si l´art appelle l´art, rien de mieux que de terminer un jour pluvieux dans la contemplation de La tempête de Giorgone, un des tableaux les plus fascinants et énigmatiques de tous les temps, dans la Galerie de l´Académie, qui héberge une extraordinaire collection d´art italien.
Les appartements à Venise ont l´arôme d´une mélancolie unique lorsque la pluie caresse leurs rues. Les mots ne suffisent pas à décrire le phénomène observé depuis n´importe quel intérieur ci-dessus cité.



Paul Oilzum
Traduit par: françoise

Traduit par: Pablo
Traduit par: osito






