Casanova et les prisons des Plombs
Dans la ville de Venise, à la hauteur de Rialto, après mille détours par les petits canaux, on débarque depuis le grand canal dans le quai anciennement appelé quai des prisons. De là on croise un pont très haut et fermé, le pont des soupirs, qui donne accès aux terribles prisons des Plombs avec le Palais des Doges au-dessus du canal qui forme la fin de la rivière Canonica, aussi connue comme la rivière du Palais ou la rivière des Prisons.

C’est là, dans la terrifiante prisons des Plombs, où pour des motifs encore inconnus, le grand Giacomo Casanova a été enfermé sans accusation ni procès à la fin du mois de juillet de 1755. Ils lui saisirent une série de livres suspects, qui paraissait êtres “appropriés pour faire les parfums et les conjurations nécessaires pour établir le dialogue avec toute sorte de démons” et qui le signalaient comme un magicien, ou pour d’autres comme “le petit livre des postures lubriques d´Aretino” qui le condamnait comme libertin sans scrupules, passant par des volumes divers de Horace, Pétrarque et son idole L´Arioste.
La période de quinze mois qu’il passa là-bas enfermé et sa suivante fugue occupent plus de cent pages dans son extraordinaire biographie Histoire de ma vie. Et quand celle-ci a été imprimée, elle avait déjà été publiée quelques années auparavant à Prague (L´Histoire de ma Fuite des Prisons de la République de Venise, qu´on appelle les Plombs écrite à Dux en Bohême l´année 1787) recevant un succès considérable pour l’époque.
C’est une histoire admirable, non seulement pour les intéressants épisodes qui démontrent l’ingéniosité et la détermination de Casanova, première et unique personne à s’être évadé des terribles Plombs, exploit qui lui ouvrirait les portes de toute l’Europe, mais aussi pour la description autant des états d’esprits par lesquels passe une personne privée de liberté, comme pour les réflexions internes auxquels cette situation conduit. Comme lui-même le confesse, on peut dire que son séjour aux Plombs a fait que Casanova, perplexe dans une situation et un lieu où “si le faux paraissait vrai, les réalités devait paraitre des rêves; où le jugement devait perdre la moitié de ses privilèges; où la fantaisie altérée devait convertir la raison en victime d’espérances chimériques ou d’un épouvantable désespoir. Il dirigerait (comme en 1250 l´avait fait Boecio, dont le livre le plus célèbre lui avait été donné à lire plus tard dans sa cellule) ses remarquables facultés mentales vers la culture de la philosophie: “…Pour la première fois de ma vie, à l’âge de 30 ans, j’ai demandé à la philosophie de m’aider, j’avais ses germes dans l’âme mais je n’avais pas encore eu l’occasion de les apprécier et de les utiliser. Je crois que la plupart des hommes meurent sans avoir jamais pensé.”
Paul Oilzum
C’est dans cet état que Casanova passa ses premiers jours dans les infâmes Plombs, qui maintenant, comme faisant partie du Palais des Doges, peuvent être visités en tant de musée. Après tout il y a toujours eu les meilleurs appartements à Venise
Traduit par: françoise
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Traduit par: Pablo






