Proust et Venise: Ruskin ou la idolâtrie
Probablement ce fut principalement la lecture des livres de John Ruskin qui attira Marcel Proust vers la ville de Venise. Où se produit l’épisode des dalle inégales du baptistère de San Marco qui, revécu quelques année plus tard dans des circonstances bien différentes, généra le phénomène de mémoire involontaire qui serait le germe des incomparables sept volumes de A la recherche du temps perdu.

Proust, c’est bien connu, adorait Ruskin. Non seulement il déclara à plusieurs reprises que d’après lui s’était “l’un des plus grands écrivains de tous les temps et de tous les pays” mais aussi il se lança, avec l’inestimable aide de sa mère, dans la traduction de ses œuvres au français et comme le ferait le narrateur de la Recherche motivé aussi par la lecture d’autres livres, il commença une séries de voyages pour connaitre les cathédrales et les œuvres d’arts dont parlait l’écrivain anglais. Tout comme le voyage qu’il fit à Rouen après la mort de Ruskin pour voir un tout petit homme en pierre perdu entre des centaines de minuscules figurines sculptée dans la pierre dans le portique des librairies des la cathédrale à laquelle le critique londonien avait dédié quelques paragraphes. Le récit qu’il fait dans son essai A la mémoire des cathédrales assassinées de cet événement est prodigieusement émouvant.
Rien de tous cela n’empêcha cependant que dans ce même texte et à propos du livre de Ruskin, Les pierres de Venise, il l’accuse élégamment d’idolâtrie, trait qui selon Proust se trouve dans la racine de son talent. L’idolâtrie de Ruskin, manifestée d’une façon cristalline dans son explication moralisante des causes de la décadence de Venise, consistait selon Proust en ne pas vouloir présenter ses doctrines comme belles (ce qu’elles étaient évidement et à travers de leur styles) mais plutôt comme véritables. Ce qui l’obligeait à se mentir à lui-même continuellement car pour Proust il n’y avait pas de doute qu’il les choisissait pour leurs beautés. Arrivant à affirmer que des doctrines immorales sincèrement professer serait peut-être moins dangereuses pour l’intégrité de son esprit que des doctrines morales dictées par une inconfessable préférence esthétique.
Nous les amants de Proust nous courons le danger d’un sort identique, de l’idolâtrie consistant à révérer inconditionnellement les lieus desquels il parle. Comme suggère Alain Botton et Proust lui-même, à propos d’autre personnes et d’autres choses, il se chargea de nous dire de milles façons nouvelles, le véritable hommage à sa personne ne consiste pas à regarder son monde au travers de nos yeux sinon de regarder notre monde au travers de ses yeux, de la même façon que la contemplation d’une œuvre d’art génuine nous apprend à voir le monde d’une autre manière. En cela consiste l’éducation esthétique, cela est peut-être la faculté alchimique de l’art.
Paul Oilzum
Si tu loue un des appartements à Venise attention aux péchés de l’idolâtrie et ne cherche pas la Venise de Proust, de Ruskin, de Rilke ou de qui que ce soit d’autre. Confiant en l’alchimie de ton regard, trouve ta propre Venise éternelle.
Traduit par: Pablo
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Traduit par: osito
Luz Obscura






